Marche du 8 mars : Une longue lutte vers l’égalité effective

Après avoir couvert la marche du 8 mars à Lyon avec une interview, voici un article plus critique mettant en avant les revendications de la manifestation.

Presse BDE SciencePo-Droit
3 min ⋅ 11/03/2026

—Nils Vidal

Dimanche 8 mars, s’est tenue la marche annuelle à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme. Cette dernière est partie de la place Jean Macé, sillonnant les avenues afin de rejoindre Guillotière, puis la place Bellecour, lieu de rassemblement final de la manifestation. Mais cette année, plus que les autres, cette marche à Lyon avait du sens pour de nombreux militants , rappelant ainsi à toutes les personnes présentes et aux simples passants, l'intersectionnalité des luttes.

Le contexte général suite à la mort de Quentin Deranque, ainsi que la proximité des élections municipales et la montée de l’extrême droite en France sont venus compléter la motivation des manifestants en faveur d’une véritable égalité totale entre les femmes et les hommes. Cette manifestation était l’occasion pour beaucoup de se dresser face à un actuel fascisme croissant de la société, mis en lumière par de nombreux événements sociaux et politiques récents, comme le défilé à Lyon à la mémoire de Quentin Deranque, militant néofasciste assassiné lors d’un affrontement entre des militants d’extrême droite et d’extrême gauche suite à une conférence de la députée européenne Rima Hassan, le 12 février dernier.

Cette marche nous rappelle que le meurtre du jeune activiste néofasciste ne doit pas pour autant saturer l'espace médiatique et invisibiliser les nombreux crimes commis bien souvent par des groupes d’extrême droite envers les minorités, démographiques (LGBTQ+, immigrés…) comme politiques (femmes). N’oublions pas les chiffres : un féminicide a lieu tous les deux jours, voici une réalité qui tue sans pour autant susciter l’émotion des médias. Un décès reste toujours une tragédie, cependant son traitement médiatique reste fortement différencié.

Cette triste réalité ne doit pas pour autant faire sombrer dans les vices de l’oubli les nombreuses inégalités quotidiennes que les femmes subissent : violences domestiques et sexuelles, harcèlement, inégalités de rémunération, différence d’accès à l’éducation et aux soins de santé… La liste des inégalités que subissent les femmes est longue. En effet, malgré les progrès juridiques en faveur d’une égalité théorique, les femmes subissent dans la pratique non seulement de nombreuses discriminations, mais aussi de nombreux abus qui peinent à être écoutés par les autorités. Les femmes se voient par exemple payées 16% de moins que leurs collègues masculins dans le monde du travail.

Ce rassemblement a notamment été l’occasion d’une unification des manifestants ainsi que des différents syndicats, partis et élus contre le mouvement Némésis. Ce dernier est un mouvement d'extrême droite identitaire se réclamant féministe tout en tenant des propos ultra-conservateurs quant au statut des femmes et à leurs différents droits qui ont pourtant été le prix de luttes acharnées, comme celle de l’avortement, rendu officiellement légal en 1975. Le rejet de ce mouvement par les différentes organisations démontre l’intersectionnalité des luttes, face à ce mouvement xénophobe rejetant les violences faites sur les femmes sur le dos des immigrés tout en prônant les valeurs d’une supposée “civilisation européenne”, mythe brandis comme porte-étendard d’une Europe supposément menacée par l’immigration.

Je pense qu’il est utile de rappeler aux membres de cette organisation que l’histoire de l’humanité s’est toujours construite sur l’immigration depuis son origine et que la France n’est pas juste l’héritière des gaulois, mais de multiples peuples cohabitant aujourd’hui dans un même pays et, n’en déplaise à certains, dans le respect le plus sincère des valeurs républicaines. Articulé aux revendications nationales, le mouvement se veut d’une portée intersectionnelle, mais aussi mondiale. Ce n’est pas simplement l’égalité effective des droits des femmes par rapport aux hommes que ces derniers réclament, mais la libération des femmes dans le monde entier, qui continuent de subir cette domination naturalisée par le patriarcat.

En témoignent les nombreux tractages et drapeaux comme ceux iraniens, palestiniens et soudanais, entremêlant les luttes en faveur de libération de tous les peuples opprimés. Au fond, les femmes du monde entier ne forment qu’un seul peuple opprimé réuni par la triste réalité de leur discrimination et de leur domination malsaine par le patriarcat.

Bien que la plupart des manifestants se soient montrés critiques envers les différents comportements révoltants des hommes, c’est une critique plus profonde d’un système pourri de l’intérieur qui s’est développé, reproduisant ses systèmes de domination sur les femmes malgré les avancées de la loi. Cette idée était défendue par de nombreux manifestants hier, de diverses pancartes, mais ayant pour point commun leur dénonciation du système patriarcal.

Pour certains ce dernier serait lié au régime capitaliste qui favoriserait l’accumulation de richesses, de capital, par l’exploitation des individus et notamment des femmes. Ce système aurait donc tout intérêt à continuer d’exploiter les travailleurs, et particulièrement les femmes, afin de maximiser ses bénéfices. En se servant du modèle patriarcal, le capitalisme viendrait se donner une seconde peau, légitimant le système de domination surtout par la position sociale, mais aussi par le genre.

Leur volonté était donc claire : abattre le capitalisme pour que ce dernier ne puisse de nouveau étendre ses serres cruelles et cupides de la domination, qu’il a déployées durant des siècles sur les femmes. L’égalité théorique est une évidence cependant cette dernière doit maintenant être appliquée et soutenue au travers de projets politiques clairs et intransigeants, ne renonçant à aucun pan de cette égalité.

La route reste longue avant l'égalité effective entre les hommes et les femmes, mais la journée internationale des droits de la femme démontre aux yeux du monde entier, qu’un nouveau monde sans domination patriarcale est possible.

Presse BDE SciencePo-Droit

Par Pôle Presse Lyon 2

À propos de l’auteur de Presse BDE SciencePo-Droit …

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