JO de Milan-Cortina, symbole d’une compétition en dérive.

Alors que les Jeux de Milan-Cortina s’ouvrent officiellement ce vendredi 6 février 2026, les comités Olympique et Paralympique ont essuyé une vague de critiques quant à la stratégie adoptée dans la préparation de ces derniers. Entre controverses écologiques, morales et politiques, il s’agit de voir que l'événement met en lumière la tendance à l’auto-sabotage dans laquelle les JO d’hiver s’inscrivent depuis quelques éditions.

Presse BDE SciencePo-Droit
3 min ⋅ 15/02/2026

— Par Gabriel Martin

Un déficit d’attractivité déjà prononcé.

De manière globale, les Jeux hivernaux font face à un manque d’attachement populaire. Les sports mis en lumière sont moins inclusifs, car ils sont pratiqués dans une minorité de pays où les conditions météorologiques nécessaires sont réunies. Par conséquent, les États européens représentent la moitié des pays présents lors de cette édition 2026. Les infrastructures sont globalement assez coûteuses et donc peu répandues, et la pratique au niveau individuel requiert des équipements spécifiques pas forcément démocratisés. Ainsi, les sportifs sont moins bien rémunérés et peinent plus à attirer des sponsors que dans des disciplines pratiquées lors de l’occurrence estivale de l’évènement. 

De plus, cette attractivité déjà faible ne fait que baisser depuis les Jeux de Vancouver en 2010. En effet, si l’on compare l’audience américaine des cérémonies d’ouverture des quatre dernières éditions – les statistiques mondiales étant indisponibles– on remarque qu’elle est en constante baisse, ayant été divisée par deux entre 2010 et 2022 et ayant même régressée par rapport aux éditions de 2002 et 2006. 

Même si ce manque d’intérêt global pour les jeux d’hiver induit une trajectoire défavorable dans le développement de la compétition, il faut aussi mentionner les choix organisationnels qui ne font qu’amener de nouvelles en contradiction totale avec les objectifs mis en avant. 

Des prédictions alarmantes.

En plus de dynamiques tendancielles désavantageuses, les Jeux d’hiver font, plus que tout autre évènement, face à la menace climatique qui met en péril leur bon déroulé. Même si le Comité international Olympique (CIO) a déclaré vouloir rompre, lors de l’édition 2026, avec les désastres écologiques passés, la réalité est tout autre. Selon un rapport publié par le New Weather Institute le 18 janvier 2026, on estimerait à 930 000 tonnes de CO₂ la quantité émise durant les deux semaines de compétition. Même si ces chiffres sont en baisse depuis les résultats records de Pyeongchang en 2018 (1,300,000 tCO₂e), il n’en reste pas moins qu’ils ont triplé depuis 2010 et Vancouver (278,000 tCO₂e). Les prédictions pour 2026 indiquent que la moitié de ces émissions seraient dues aux déplacements des voyageurs, les Jeux se déroulant dans deux stations distinctes. On remarque une première contradiction ici-même. Alors que la menace climatique réduit les zones exploitables pour organiser un tel évènement, il y a une tendance à étaler les endroits où pratiquer. Or, c’est cet étalement même qui cause la plupart des émissions. Les Jeux d’hiver s’engluent donc dans la cause de leurs maux, qui s’ajoutent à une légitimité déjà érodée. Si on prend en compte le fait que ceux de 2030 se déroulent dans les Alpes françaises, qui est une zone géographiquement très proche de l’Italie qui va donc pâtir des conséquences écologiques de Milan-Cortina, il est difficile d’imaginer comment un tel événement peut prétendre perdurer avec une stratégie auto-destructrice.  

Une vitrine pour les géants pollueurs.

Toutefois, ce constat n’est pas nouveau. On ne cesse de pointer du doigt les impacts écologiques néfastes des compétitions sportives de tout genre. Là où le rapport du New Weather Institute alerte, c’est sur la promotion de géants industriels pendant les Jeux d’hiver 2026. En effet, si l’on se penche sur les sponsors de l’évènement, trois noms ressortent :  ENI (hydrocarbures), partenaire « premium », Stellantis (automobile) et ITA Airways (compagnie aérienne). Ainsi, le discours du CIO se contredit d’autant plus que le choix du sponsoring revient à promouvoir des pollueurs assidus. Le New Weather Institute estime que cela résulterait en 1,3 milliard de tonnes de CO₂ émises en plus de la pollution effective sur place, faisant ainsi plus que doubler les émissions immédiates. Ces prédictions se basent sur un modèle d’estimation des revenus générés par les entreprises suite à leur publicité, revenus qui sont ensuite traduits en quantité polluée en fonction des activités de chacun des sponsors. Même si ces chiffres ne sont donc pas définitifs, la tendance globale reste la même. Cette particularité n’est pas nouvelle et s’inscrit dans une tradition de longue date. À Beijing en 2022, on retrouve Toyota en tant que partenaire global et trois entreprises chinoises d’énergies fossiles en tant que partenaires généraux (échelon inférieur au partenaire global). Toyota est d’ailleurs un sponsor régulier depuis les Jeux de 2018, tout comme P&G (industrie chimique) qui a sponsorisé toutes les éditions depuis 2014. 

Pour ainsi dire, les gros pollueurs occupent constamment le devant de la publicité Olympique et Paralympique, véhiculant ainsi une mise en avant de leur activité dans le cadre d’une compétition qui requiert pourtant des efforts de rationalisation afin de se préserver.

Des controverses politiques.

Au-delà du problème de la pollution et des questionnements moraux qui en découlent, la sonnette d’alarme a aussi été tirée vis-à-vis de l’appropriation politique qui a été faite des Jeux de Milan-Cortina. Les USA, qui disposent de la plus grosse délégation (235 athlètes), ont profité de l’événement pour envoyer des policiers américains de l’immigration (ICE) en Italie afin d’assurer la sécurité des athlètes. Le vice-président américain J.D Vance a aussi fait valoir sa présence lors de la cérémonie d’ouverture puis s’est affiché aux côtés de la présidente italienne Giorgia Meloni, revendiquant les « valeurs communes » qu’ils partagent. Sous couvert d’un régime italien idéologiquement pas si éloigné de celui des États-Unis, ces derniers entreprennent d’étendre la médiatisation de leur politique anti-immigration qui jusqu’ici ne se déployait que sur le territoire national. De quoi susciter de nombreuses réactions, comme en témoignent les manifestations étudiantes et populaires qui ont eu lieu le vendredi 6 février, soir de la cérémonie d’ouverture, qui dénoncent à la fois l’interférence politique américaine et les désastres écologiques. 

Presse BDE SciencePo-Droit

Par Pôle Presse Lyon 2

À propos de l’auteur de Presse BDE SciencePo-Droit …

Étudiants en licences de droit et science politique, Nina Ravasseau et Rami Ghozlane ont joint leurs efforts pour superviser et encadrer la création et le développement de ce journal. Cependant, celui-ci n’aurait jamais pu prendre vie sans la participation de son pôle communication composé de Clélia Salez et Ines Benachour. De plus, le travail des journalistes est le cœur qui continue de faire vivre l’association au sein de l’université.

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