À la veille des municipales à Lyon, le pôle presse vous présente un compte rendu des ambitions des trois grandes forces politiques qui animent ces élections.
Gabriel Martin et Nils Vidal
Le jeudi 5 mars a eu lieu à la salle Paul Garcin, dans le premier arrondissement de Lyon, un débat organisé par le BDE de Science Politique de Lyon 2 regroupant dans le même lieu Anaïs Belouassa-Cherifi, candidate LFI pour la mairie de Lyon et députée de la première circonscription du Rhône ; Sandrine Runel, députée socialiste de la quatrième circonscription du Rhône et cheffe de file du PS à Lyon et Pierre Oliver, maire du deuxième arrondissement de Lyon et candidat Cœur Lyonnais pour sa réélection.
Ce débat s’inscrit donc la logique électorale actuelle des municipales de 2026, élections placées sous haute tension. Les présentateurs du BDE science-po droit de Lyon 2 ont animé le débat par de multiples questions en rapport avec quatre grandes thématiques développées lors de cette soirée : la jeunesse, le logement, l’écologie et la démocratie locale. Lors d’un deuxième temps, l'assemblée d'étudiants a pu poser de nombreuses questions aux intervenants et enclencher la dynamique d’un échange autour des enjeux préoccupants les étudiants.
Lors de cette soirée, la stratégie de Pierre Oliver s’est construite, à l’image du mouvement Cœur Lyonnais, autour d’une critique active du bilan écologiste à la mairie et la Métropole de Lyon.
Ainsi, il n’a pas hésité à braconner sur les terres du parti écologiste, notamment sur la question environnementale. Le candidat n’a pas semblé manquer d’inspiration lors de cette soirée en taclant très rapidement le bilan du maire sortant au sujet de la végétalisation de la ville : “Il y a différentes manières de planter des arbres”. Pour autant, on peut se demander si toute inspiration est forcément bonne à prendre. Alors que ces velléités portaient davantage sur la mise en œuvre des réformes et la figure les incarnant, le candidat Cœur Lyonnais n’a pas pu nier le bilan écologique positif de la ville. Il s’est contenté de critiquer les arbres et le bûcheron sans pour autant remettre en cause la forêt. Pour ainsi dire, sa vision en termes d’aménagement de la ville paraît se concentrer sur le développement d’infrastructures pratiques. Ainsi, il a farouchement défendu le projet de tunnel sous Fourvière, en gage de désengorgement de la circulation qui réduirait la stagnation des gaz polluants.
Pourtant, cette ambition s’est très vite vu critiquée par les deux autres candidats non seulement pour sa déconnexion, mais aussi son incapacité à prendre en compte les intérêts des classes populaires des banlieues. C’est notamment l’argument qu’a développé la candidate LFI, pointant du doigt le risque d’un déplacement de la pollution au niveau des sorties du tunnel, accentuant les inégalités sociales géographiques par un facteur de pollution localisé à Tassin-la-Demi-Lune et Saint-Fons.
Le projet économique d’Oliver a semblé vacillant, se réfugiant avant tout sur le bilan du conseiller spécial de la région, Laurent Wauquiez. Son ambition est simple : face à un monde dans lequel les inégalités sociales s’accroissent et où la bifurcation écologique peine à prendre le tournant d’une application adaptée et conséquente, ce dernier a brandi comme étendard de rassemblement celui de la création de richesses mises au service de la population par ruissellement. Par ailleurs, il a reproché à Grégory Doucet d’avoir refusé l’implantation de l’entreprise Safran sur le territoire lyonnais, ce qui aurait permis la création d’emplois pour les jeunes de la région.
Cette logique de privatisation s’articule tout autant autour de la thématique du logement. Ainsi, Pierre Oliver a fortement critiqué l’encadrement des loyers mis en place pendant le précédent mandat, accusant une moyennisation de ces derniers, ce qui baisserait le prix des logements avantageux alors que ceux-ci pourraient être loués plus cher et créer plus de richesses. De sorte, il a évoqué les retours de propriétaires dans la région du Beaujolais qui se plaignent de cette mesure. Enfin, et dans la même logique, il s’est opposé à la réquisition des logements vacants par la ville, préférant les mettre à disposition des particuliers.
Lors du débat, la candidate de gauche radicale a souvent salué les tentatives programmatiques du candidat sortant ainsi que son bilan. Cette dernière à de multiples reprises, s’est imposée comme une candidate d’un approfondissement du programme du maire sortant, plutôt que comme une candidate d’opposition à ce dernier. Face aux difficultés de bien saisir les différentes nuances entre le programme de l’union de la gauche et celui de la candidate LFI, cette dernière a défendu un programme se voulant axé autour d’une bifurcation écologique. La députée de la première circonscription du Rhône a notamment promu l’idée d’une écologie adaptée, grâce à la mise en place d’une planification écologique.
L’alimentation est le pilier phare du programme écologique de la candidate LFI : elle défend le financement d’une agriculture locale et de bonne qualité, tout en réduisant l'empreinte carbone des aliments ; l’amélioration des conditions de santé des citoyens tout en créant de nombreux emplois locaux ; ainsi que la baisse du gaspillage alimentaire. De plus, son programme se veut adapté aux différents secteurs d’activité, en prenant en compte les différentes réalités sociales afin d’envisager une transition écologique la plus juste et réaliste possible. La volonté d’une justice sociale effective reste partie prenante de son programme. Elle souhaite que l’écologie ne soit pas seulement qu’une simple transformation de certains territoires et ne bénéficiant qu’à certains arrondissements. Pour cette dernière, la transition écologique doit être tout autant accessible et bénéfique aux classes populaires qu’aux classes les plus favorisées.
Face aux nombreuses inégalités sociales et à la précarité sociale, cette dernière a annoncé sa volonté de mettre en place une aide à l’installation à hauteur de 200 euros pour les nouveaux étudiants s’installant à Lyon afin de couvrir les nombreuses charges supplémentaires d’installation. Le projet politique de cette dernière s’inscrit donc dans une volonté de financements publics nombreux dans le but de soutenir une politique sociale et culturelle de rupture.
Madame Belouassa-Cherifi n’a nullement hésité à affirmer un cap clair concernant le sujet de la culture. Pour la députée, la culture est avant tout un droit fondamental pour tous et a réaffirmé sa volonté de soutenir la culture face aux politiques de coupe budgétaire régionale. La candidate a notamment soutenu la mise en place d’une culture et démocratie plus participative et locale, se voulant ainsi à l'écoute des lyonnais. Cette dernière n’a pas hésité à proposer des mesures phares et claires, tranchant ainsi avec un discours jusqu’ici assez semblable à celui de Sandrine Runel.
Afin d’ancrer les citoyens au sein du processus démocratique de décision, cette dernière a développé l’idée d’une assemblée populaire, qui serait consultative et qui aurait pour visée l'éducation populaire. L’objectif poursuivi par la députée est clair, ancrer son futur mandat de maire de Lyon autour d’un projet social et écologique à l'écoute des citoyens. Il faut donc saluer cette tentative de redynamiser la démocratie locale sans pour autant perdre en lucidité. En effet, malgré cette volonté d’écoute de la population locale, cette dernière n’est pas pour autant une réalité acquise. On peut donc se demander légitimement la potentielle prise en compte de futurs avis divergents au sein d’une assemblée voulue consultative.
De manière globale, les projets mis en avant par la candidate Insoumise ont été largement condamnés par son opposant de droite, qui les pense insensés et irréalisables. Le programme de LFI reposant sur une transformation approfondie de la société, sa mise en œuvre a été un questionnement structurant du débat.
La choix de la représentante de l’union de gauche et des écologistes, Sandrine Runel, à quant à lui posé question. Malgré qu’elle ait été dépêchée en dernière minute suite à un impératif du maire Grégory Doucet, elle a paru tenir des positions en contradiction avec ce qui avait été exprimé par le mouvement qu’elle représente jusqu’ici. Ainsi, lors d’une interview d’avant-débat accordée à notre Pôle Presse, Runel n’a pas hésité à réfuter une possible alliance ou liste commune avec La France Insoumise lors du second tour. Pourtant, Grégory Doucet lui-même n’a pas écarté cette possibilité. Bien encore, on a pu la percevoir comme une représentante du Parti Socialiste plutôt que de l’union de gauche, tant elle s’est par exemple félicité d’appartenir à un groupe politique qui, par son alliance avec le camp macroniste, a permis d’obtenir le repas à 1 euro pour tous les étudiants.
Pour ainsi dire, la cheffe de file du Parti Socialiste dans le Rhône n’a pas fait figure de la plus fervente défenseuse des intérêts des Écologistes dans le cadre de ces municipales. Elle a exprimé une continuité avec ce qui avait été déclaré jusqu’ici. En ce qui concerne la question environnementale, Sandrine Runel a tout d’abord défendu le bilan de la métropole et de la mairie de Lyon par l'alliance sortante. Les propositions mises en avant s’inscrivent dans la suite logique du mandat précédent. Pour cela, elle met l’accent sur trois volets :
la végétalisation de la métropole,
la réduction d’émission des gaz à effet de serre
la rénovation des passoires énergétiques.
D’autre part, elle a longuement exprimé la volonté de perpétuer les mesures entreprises lors du premier mandat de Grégory Doucet. La rénovation urbaine avec notamment la construction de nombreuses pistes cyclables où les projets d’aménagement des quais reste le fil conducteur de l’alliance. Le projet porté veut ainsi s’inscrire dans la construction d’un modèle durable qui trouve un écho dans toutes les sphères d’actions de la mairie, sans réduire l’écologie à une catégorie d’action en tant que telle.
L’action sociale vient quant à elle se diluer dans la prépondérance de ces mesures portées sur l’écologisme. Runel à bien mis en avant le souhait de réquisitionner les bureaux vacants afin de les transformer en logements sociaux, ou bien la volonté de développer les stages de 3e notamment au sein de la métropole. Pourtant, cela n’était pas la figure de proue de son discours
Enfin, la jeunesse à quant à elle été affirmée comme un moteur essentiel au développement de l’action de la ville. Runel félicite son élan vital dans le développement des activités culturelles à Lyon, qu’elle souhaite d’ailleurs renforcer en replaçant les jeunes artistes locaux au centre de la fête des Lumière. Dans le cadre d’un débat organisé par des étudiants, elle a semblé plus concernée que son opposant des Républicains.
Même si les acteurs de ce débat n’étaient pas forcément les protagonistes de la course à la mairie de Lyon, il était palpable que la confrontation entre ces individus allait au-delà de la simple lutte programmatique et reflétait une mise en opposition des valeurs partisanes propres à chacun. Sandrine Runel par exemple a exprimé vouloir pallier le manque de considération écologique nationale en redoublant d’efforts à l’échelle locale. Si cette dernière était globalement plus effacée que ses deux opposants, on a surtout ressenti une opposition de valeurs prégnante entre la candidate Insoumise et son opposant de droite.