Les mobilisations étudiantes face aux coupes budgétaires.

Nous avons tenté de répondre aux questions qui se posaient concernant les diverses mobilisations étudiantes qui ont eu lieu depuis le début de cette année à Lyon 2.

Presse BDE SciencePo-Droit
4 min ⋅ 28/04/2025

Après d’interminables discussions au sein des deux chambres parlementaires, le nouveau budget de l’État français pour 2025 a enfin été adopté et officiellement publié le 15 février. Cette loi ayant pour but de contrôler le déficit public du PIB annuel se fonde sur une dualité entre l’augmentation des impôts et des taxes parallèlement à une baisse des dépenses, notamment dans le secteur public.

En comparaison avec le budget accordé à la recherche et à l’enseignement supérieur en 2025, celui-ci subit une forte baisse d’un milliard d’euros par rapport à 2024. Ainsi, depuis les premières annonces de ces coupes budgétaires, nous avons pu observer de nombreuses mobilisations étudiantes dans toute la France, plus précisément dans notre université Lyon 2 Lumière. Comment expliquer le développement de ces manifestations, que revendiquent-elles ? Que représentent-elles à une échelle locale et nationale ? Et sont-elles singulières au secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur ? Nos journalistes ont mené leur enquête au sein des syndicats étudiants de notre faculté, mais aussi sur le terrain en présence de militants représentant divers secteurs publics. 

Qui se mobilise au sein de l’université ?

Depuis février 2025, les mobilisations groupées au sein de Lyon 2 ont fait parler tant l’administration que les étudiants. Ces derniers semblaient soulever des questions sur les revendications derrière ces mobilisations et dans quel but celles-ci étaient organisées. Les coupes budgétaires votées à travers la loi des finances de 2025 contraignent les universités à agir localement, ce qui a eu pour conséquence d’impacter la vie étudiante. Les différents syndicats étudiants de notre université luttent donc contre ces changements soudains et avec leur investissement au sein de l’administration, réfléchissent à des solutions viables permettant de trouver un terrain d’entente entre la contrainte subie par la présidence et l’urgence étudiante. Il nous paraissait intéressant d’analyser un point de vue aussi bien militant qu’administratif. Ainsi, nos journalistes ont eu l’opportunité de s’entretenir avec des membres appartenant à deux de nos syndicats étudiants : l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) et le Groupement des Associations et Élu.e.s étudiant.e.s de Lyon Indépendant et Solidaire (GAELIS).

Quelles sont leurs revendications ?

Les coupes budgétaires ont affecté les frais d’inscription en licence et en master pour les étudiants étrangers, par souci d’égalité, les membres de l’UNEF militent contre une réforme qu’ils qualifient de « raciste ». Ce terme n’est pas employé à la légère, car il met en lumière la lutte de l’UNEF contre la réforme « Bienvenue en France » qui prévoit une hausse des frais d’inscription en master difficilement abordable pour les étudiants étrangers hors-UE.  Les militants se mobilisent donc à une échelle locale dans l’université en informant les étudiants de la situation budgétaire et en les sensibilisant à leurs revendications. Le membre de l’UNEF que nous avons interrogé nous explique leurs revendications plus en détail, il s’agit de se battre contre un déficit quasi national que subissent 80 % des facultés en France. L’UNEF se bat pour que l’université ne soit plus considérée comme « une entreprise », la hausse des frais d’inscriptions et la suppression de 30 000 places en licence et master vont à l’encontre du principe d’ouverture au monde qu’est censée représenter l’université. 

Les assemblées générales et les rassemblements ont été un moyen efficace de discussion et de transmission des idées. Dans une interview du 26/03/2025 qu’un membre de l’UNEF nous a accordée, les Assemblées Générales se comptaient au nombre de 3 pour 2 rassemblements étudiants. Pourtant, les manifestations semblent moindres en comparaison avec d’autres universités, ceci s’expliquerait par un décalage de mobilisation entre les syndicats étudiants et l’administration de Lyon 2. 

Que pouvons-nous attendre de la part de l’administration ?

Du côté de l’administration, les revendications des représentants de GAELIS siégeant au Conseil d’Administration  (CA) sont similaires à celles de l’UNEF. Ils agissent en revanche de manière plus directe, à travers le vote. Notre contact siégeant au CA nous fait part de la difficulté de s’accorder sur un budget viable pour permettre aux étudiants de ne pas subir les nouvelles réformes. En effet, si les revendications sont proches de celles de l’UNEF, les enjeux diffèrent, car les membres du Conseil d’Administration luttent pour plus de transparence sur la répartition des modes de financement au sein de l’Université. Si les actions militantes de l’UNEF sont limitées par le manque de mobilisation, les actions de GAELIS, et plus généralement de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE), sont amoindries par les restrictions budgétaires avec lesquelles ils essaient tout de même de travailler. 

Des luttes locales, mais une mobilisation nationale.

Ces mobilisations et luttes locales révèlent tout de même un mouvement plus large. À l’échelle nationale, les coupes budgétaires ont impacté une grande partie du secteur public, notamment celui de la Santé. Le 3 avril 2025, nous nous sommes rendus à une manifestation de la CGT à Lyon afin de mieux comprendre comment le nouveau projet de loi affectait ce secteur public. Des membres du personnel d’hôpital se sont réunis sous le dossard de la CGT dans le but de lutter contre la réduction des effectifs, c'est-à-dire une baisse du personnel qui fluctue en fonction du nombre de lits disponibles et non de la pathologie prise en charge : « une aide-soignante pour 40 malades ». Leur lutte se rapproche aussi de celle des militants de l’UNEF, le personnel de santé se bat contre une transformation du secteur public en une grande entreprise, et cherchent à se détacher de l’aspect lucratif du secteur de la santé. On observe que comme pour les syndicats étudiants, les solutions envisagées sont liées aux moyens disponibles, soit « faire avec ce qu’on a »

Les discussions sur le budget des finances de 2026 ayant déjà été entamées, elles ne présagent aucune amélioration concrète de la situation budgétaire. Le discours prononcé par François Bayrou lors de la conférence sur les finances publiques du 15 avril 2025 nous laisse penser que le secteur public n’a pas fini de subir les conséquences d’une « politique de l’offre ». Cette situation révèle donc l’espace que se doivent de prendre les revendications étudiantes dans un climat qui tente tant bien que mal de les étouffer. La représentation militante et syndicale se doit d’être suivie de près par les étudiants afin de pouvoir faire fleurir le débat sur la vie universitaire. 



Presse BDE SciencePo-Droit

Par Pôle Presse Lyon 2

À propos de l’auteur de Presse BDE SciencePo-Droit …

Étudiants en licences de droit et science politique, Nina Ravasseau et Rami Ghozlane ont joint leurs efforts pour superviser et encadrer la création et le développement de ce journal. Cependant, celui-ci n’aurait jamais pu prendre vie sans la participation de son pôle communication composé de Clélia Salez et Ines Benachour. De plus, le travail des journalistes est le cœur qui continue de faire vivre l’association au sein de l’université.

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