Muganga, « celui qui soigne » dénonce les violences sexuelles en RDC

À travers cet article nos journalistes vous présentent, ce qui est bien parti pour être, un classique dans le monde des films-documentaires. Après vous avoir introduit au synopsis du films, nos journalistes sonnent l’alarme d’une urgence humanitaire et d’une violation des droits humains trop longtemps ignorée.

Presse BDE SciencePo-Droit
3 min ⋅ 24/10/2025

— Par Nina et Donia

Une œuvre nécessaire

Muganga est un film engagé qui retrace le combat du docteur congolais Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes ». Ce long-métrage dénonce les violences sexuelles infligées aux femmes congolaises. Dans ses discours, le médecin dénonce brutalement les atrocités faites aux corps mutilés des victimes. Ces actes ne visent pas seulement à blesser les corps, mais davantage à briser les esprits et à anéantir toute forme possible de résistance.

Le film est réalisé par Marie Helene Roux et est sorti en France le 24 septembre 2025. Inspiré de faits réels, le film met en lumière le quotidien des femmes congolaises mais aussi le travail des soignants, ici au premier rang. Denis Mukwege est un médecin gynécologue congolais mondialement connu pour avoir soigné des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, dans son hôpital de Panzi. Il reçoit le prix Nobel de la paix en 2018.

Cependant, on voit dans le film que son combat rencontre beaucoup d’opposition. C’est particulièrement le gouvernement de la RDC qui nie l’ampleur des violences sexuelle et menace en retour le médecin. Ce dernier est rejoint par le médecin belges Guy Cadière. Il vient l’aider à soigner les victimes tout en apportant une une technologie plus développée lors des opérations. En effet, le pays est pauvre et manque énormément de moyens médicaux comme financiers. L’hôpital est devenu au fil du temps un refuge et un centre de chirurgie gynécologique qui tente de réparer et reconstruire les victimes de viol.

L’ouverture du film est une scène saisissante et difficile à regarder qui plonge les spectateurs au cœur des violences subies. Toutefois, c’est l’aspect de la guérison qui est ensuite suivit tout le long. Les femmes sont bannies de leur famille et considérées comme impures et le plus souvent, elles n’ont plus nul part où aller. 

Plusieurs sujets sensibles sont évoqués, notamment le droit à l’avortement. En effet, quel avenir pour ces enfants nés de viols, le plus souvent rejetés par leur mère ?

En RDC, l’accès à l’avortement est très limité. Il existe un décalage entre les textes écrits et leur pratique. Dans l’histoire, le médecin suit une femme enceinte victime de viol. Elle ne veut pas de cet enfant, mais se voit contrainte de le garder sous la pression des normes religieuses, omniprésentes dans le pays.

Une tragédie ignorée depuis trop longtemps

Le but de cette réalisation est d’informer et de sensibiliser le public. Cette tragédie humaine ne faiblit pas et dure depuis plus de 30 ans. On recense plus de 130 000 viols en 2025. Pourtant, l’engagement du docteur a déjà fait l’objet d’un documentaire en 2015 : « L’homme qui répare les femmes » de Thierry Michel, mais cette histoire reste trop peu méconnue et est encore moins diffusée médiatiquement. Ainsi, dans un entretien, la productrice affirme que « réaliser Muganga, c’est refuser l’indifférence ».

Une vision occidentale à nuancer

En revanche, il faut garder un esprit critique : l’histoire est écrite par des occidentaux. On a peu de témoignage et on peut voir dans le film que les Français ne sont pas toujours très bien vus par la population locale. Ils sont le plus souvent perçus comme des étrangers déconnectés de la réalité.

Mémoire et histoire d’un génocide oublié

Des données collectées par les agents humanitaires sont dévoilées en mars 2025 par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés et indiquent que « près de 900 viols dans l'est de la RDC ont été commis en l'espace de deux semaines soit une moyenne de 60 par jour, uniquement pendant la première quinzaine du mois de février 2025.»

En 1994 au Rwanda, le génocide des Tutsis a provoqué un exode massif de réfugiés, dont une grande partie a trouvé refuge à l’est de la RDC. Cet afflux soudain a contribué à une déstabilisation régionale majeure, devenant l’un des facteurs déclencheurs des deux guerres du Congo, entre 1996 et 2003.

À l’issue de ces conflits, le pays est profondément fragilisé. De vastes régions échappent au contrôle de l’État. La sécurité y reste précaire, en particulier pour les femmes. Dans ce contexte, la violence sexuelle est devenue une arme de guerre redoutable et efficace. Femmes, enfants, et parfois même nourrissons ont été victimes de viols systématiques, parfois accompagnés d’actes de torture. Ces violences ont pour but de semer la terreur, briser les communautés et affirmer une domination politique et militaire. Derrière ces violences se cache aussi un enjeu économique majeur : le pillage de minerais stratégiques comme le coltan (colombite-tantalite) l’or ou le cobalt, exploités par des groupes armés dans un climat d’impunité.

L’hôpital de Panzi déclare dans son rapport annuel de 2022 que l’établissement a pris en charge 19 849 victimes de violences sexuelles ou souffrant de séquelles physiques graves telles que des fistules ou des prolapsus.

À travers Muganga, un espoir d’être entendues se dessine pour les femmes de RDC. Ces témoignages signifient qu’elles ne sont pas oubliées, que leur parole résonne au-delà des frontières. Même si la justice reste parfois silencieuse et fragile dans ses réactions, leur histoire mérite d’être entendue et reconnue.

Muganga est actuellement au cinéma !

Sources :

- Fondation Panzi

- BioMed Central

- United nations Population Fund




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Par Pôle Presse Lyon 2

À propos de l’auteur de Presse BDE SciencePo-Droit …

Étudiants en licences de droit et science politique, Nina Ravasseau et Rami Ghozlane ont joint leurs efforts pour superviser et encadrer la création et le développement de ce journal. Cependant, celui-ci n’aurait jamais pu prendre vie sans la participation de son pôle communication composé de Clélia Salez et Ines Benachour. De plus, le travail des journalistes est le cœur qui continue de faire vivre l’association au sein de l’université.

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